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mercredi 9 mai 2012

Protocole : casse-tête pour la première dame de France

Aucun texte ne vient préciser le statut de la «First Lady» française. La question du nom de «Madame» devra cependant être réglée en premier. Crédits photo : ALBERT FACELLY/Le Figaro

 

François Hollande et Valérie Trierweiler forment le premier couple non marié qui entre à l'Élysée.

Au Quai d'Orsay, le protocole s'interroge. Comment Valérie Trierweiler voudra-t-elle figurer sur les futures listes de la délégation française et bristols d'invitations entre grands de ce monde? «Madame Valérie Trierweiler, compagne du président de la République» ou bien «Madame Valérie Trierweiler-Hollande, conjointe du président de la République» ? Ou peut-être, un jour, «Madame François Hollande, épouse du président de la République»?
Toutes les formules sont envisagées en attendant que la nouvelle «première dame» fasse connaître son choix. Rien ne presse, mais le Quai préfère anticiper. Le 18 mai, le G8 s'ouvre à Camp David, avant le sommet de l'Otan à Chicago. Pas sûr que Valérie Trierweiler y accompagne François Hollande mais, dans le doute, mieux vaut savoir quel titre indiquer aux organisateurs américains sur le «programme des conjoints».
Les Anglo-Saxons ont désormais un terme générique,spouse - faux ami à traduire par «conjoint» - pour nommer les accompagnateurs(trices) des chefs de délégation, qu'ils soient époux légitimes, concubins hétéro ou homosexuels. Bien que l'évolution des mœurs torture encore parfois les méninges des chancelleries, le pragmatisme l'emporte souvent.
Les symboles de la tradition et de l'apparat, telle la Couronne britannique, ne sont pas forcément les plus à cheval sur les principes. La reine Elizabeth n'a-t-elle pas invité le chanteur Elton John et son mari au mariage du prince William? Et, à Monaco, lors de l'union du prince Albert et de Charlene, la mention «en couple avec…» suivait le nom des enfants de Caroline.
De l'avis général, le fait que François Hollande et Valérie Trierweiler, divorcée deux fois, ne soient pas mariés ne sera pas un obstacle aux visites officielles et mondanités. Tout juste faudra-t-il un peu d'imagination et de diplomatie dans les services du protocole pour s'adapter à ce premier chef de l'État qui entre non-marié à l'Élysée.

«Les temps ont bien changé»

Le chef de l'État et la journaliste décideront-ils de s'unir officiellement? «Ce n'est pas une chose qu'on fait sous prétexte qu'on devient président de la République. La décision nous appartient», a prévenu François Hollande dans une interview à Elle. «Après tout, le protocole de la République, c'est le chef de l'État qui l'établit. Il n'y a donc pas de problème qui ne puisse, a priori, trouver de solution! Tout notre art est justement de faire en sorte que les personnalités se sentent à la fois à l'aise et honorées. L'élégante discrétion de Valérie Trierweiler - une très belle femme - est un atout», commente Paul Poudade, chef du protocole sous Jacques Chirac de 2001 à 2004.
Aucun texte ne vient préciser le statut de la First Lady française. La question du nom de «Madame» devra cependant être réglée en premier. Ce fut officiellement «Sylviane Agacinski-Jospin» pour l'épouse de Lionel Jospin, premier ministre de cohabitation. «Les temps ont bien changé. L'époque n'est plus à un système classique hérité de la tradition romano-catholique», relève un expert des affaires étrangères. Du temps du général de Gaulle, il aurait été exclu de recevoir un couple non-marié à l'Élysée.
À partir des années 1970, la libéralisation des mœurs a contribué à cet assouplissement. Mais aussi le développement des sommets et rencontres multilatérales qui ont «démocratisé» les visites officielles. Comme le Royaume-Uni, la plupart des monarchies acceptent le statut non-marital. «Les cours européennes ont tellement multiplié les fredaines qu'elles seraient mal placées pour donner des leçons!», sourit un ancien chef du protocole. Au Japon, la maison impériale reste pointilleuse sur l'étiquette. Mais au Maroc, on envisage mal que le roi Mohammed VI, qui cultive son image de monarque moderne, refuse les honneurs du royaume chérifien à un couple non-marié. En Inde, les médias avaient espéré, sans succès, la venue de Carla Bruni, après ses premières apparitions non-officielles au côté du chef de l'État.
En fait, beaucoup se joue à l'intuitu personae. «L'empereur et l'impératrice nippons sont capables de fermer les yeux si de bons échos leur parviennent du conjoint via leur ambassadeur», indique-t-on encore au Quai d'Orsay. La réputation ne serait donc pas un vain mot. Pas question pour un chef d'État de se montrer avec une femme différente à chaque sortie hors de son pays… Parmi la délégation italienne, la gent féminine était bien représentée lors des déplacements de Silvio Berlusconi mais n'accédait jamais à un rang officiel.

Le Vatican implacable

Seul un bastion reste quasi inaccessible: le Vatican. Une audience du Pape risquerait fort d'être refusée à la compagne d'un chef d'État non-mariée ou divorcée. Lors des préparatifs de l'audience accordée à Jacques Chirac, le nonce apostolique s'était enquis de savoir qui était le père de l'enfant que portait la fille du président. Claude Chirac avait dû renoncer à faire partie de la délégation. Nicolas Sarkozy s'est rendu deux fois dans la cité pontificale au cours du quinquennat, sans Carla Bruni. Une visite au Saint-Siège étant un passage quasi obligé, la solution est donc de s'y rendre seul. Quelle serait la place de Valérie Trierweiler lors d'une cérémonie religieuse en France? Cela dépendra de ses convictions, mais personne ne voit les autorités catholiques s'opposer à sa présence dans le chœur lors d'une messe solennelle aux Invalides.
Moins de pompe et de cérémonie, davantage de contacts informels: la diplomatie est aujourd'hui plus décontractée. En France, le sommet de l'échelle protocolaire reste la visite d'État. La République déploie ainsi ses fastes environ deux fois par an ou se transporte à l'étranger. En mars 2008, Carla, jeune mariée aux tenues très Jackie Kennedy, avait conquis Albion… et le duc d'Édimbourg.
source : Le Figaro

 

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