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lundi 23 avril 2012

«Les manipulateurs manquent de confiance en eux»

INTERVIEW - Le docteur Marie-France Hirigoyen est psychiatre et psychanalyste victimologue. Elle vient de publier Abus de faiblesse et autres manipulations (Éd. JC Lattès).
LE FIGARO. - Depuis 1998, où vous avez identifié et fait connaître au grand public la notion de «harcèlement moral», quelle évolution observez-vous?
Marie-France Hirigoyen. - À l'époque, on m'a dit: «il n'y a pas tant de pervers narcissiques que vous l'écrivez», et, aussi, que les petites manipulations au quotidien ont toujours existé. Mais aujourd'hui, je peux dire que ces petits actes de tricherie se sont multipliés à vitesse grand V. C'est notre société qui induit ces comportements: pour réussir, il faut savoir influencer. Les politiques, les chefs d'entreprise, les commerciaux, même les demandeurs d'emploi aujourd'hui doivent séduire s'ils veulent être recrutés. On peut même dire qu'avec les agences de communication la manipulation s'est professionnalisée! Et tout cela a amené un grand changement de valeurs, un durcissement de nos relations: comme il faut être adaptable en magouillant, la méfiance s'est aussi généralisée.
Mais, dans ce contexte, qu'est-ce qui caractérise plus particulièrement les pervers manipulateurs?
Contrairement aux apparences, ils ont une immense faille de leur estime de soi. Aussi sont-ils sans cesse obligés de se rehausser à travers la mégalomanie, les mensonges, le baratin. Bien sûr, ils savent briller, ont une fine intuition de ce qui va plaire, mais cette belle image d'eux-mêmes ne leur amène qu'un «faux-self». Ils ne se remettent jamais en question, contrairement aux névrosés, qui constituaient il y a trente ans la majorité de notre patientèle.
Et puis Internet a donné une vitrine en or à ces narcissiques: sur les réseaux sociaux, on peut remarquer ces personnalités, finalement assez creuses, qui ne cessent de poster des informations sur elles-mêmes, et toujours à leur avantage. Les manipulateurs excellent dans ces relations de surface, sans empathie.
Quels mécanismes leur permettent d'instaurer des relations destructrices?
D'abord, la perte des limites: tous les critères moraux, culturels, dont nous disposions auparavant, les «ce qui se fait, ce qui ne se fait pas», se sont transformés. Tout ce qui n'est pas interdit clairement par la loi devient possible… Et les pervers adorent justement ce jeu avec les limites. Et puis, aussi, nous avons perdu le sens du conflit. Regardez dans le monde du travail: on laisse couver les malentendus, on considère qu'on ne peut s'exprimer ni dire qu'on n'est pas d'accord, on ne sait plus s'opposer clairement. Résultat, une communication toute de manipulation rampe sournoisement, et à tous les étages.
Mais quand même, votre action a dû porter ses fruits… La société n'est-elle pas plus vigilante?
Oui, heureusement, et je crois que nous ne reviendrons plus en arrière. C'est dans l'entreprise que les choses ont le plus changé: des managers bien intentionnés ont mis en place des outils pour éviter les dérives. Depuis dix ans, la jurisprudence reconnaît qu'un management destructeur et pervers, donc un système, peut être sanctionné à l'instar d'un individu.
On sait désormais que tous les lieux où il est plus facile de harceler sont ces lieux où ni la tâche de l'employé, ni les territoires ne sont clairement définis. Enfin, le fait majeur, c'est que les victimes sont plus vigilantes. Elles dénoncent plus rapidement, et demandent plus facilement de l'aide.
source: Le Figaro

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